II/ Raisons des violences urbaines
Si les explosions de violences urbaines sont souvent déclenchées par des rumeurs d'erreurs policière ou par quelques abus d'autorité tels que des fouilles considérées comme injustifiées, les dégradations et agressions commises plus généralement par les jeunes dans l'espace de la ville ont plusieurs causes croisées qui deviennent souvent leur conséquence
* Une situation familiale critique, comme la garde de l'enfant par un seul parent. Cette dernière autoriserait le relâchement du contrôle parental sur les jeunes, ce qui est d'autant plus critique en France qu'ils ne peuvent compter sur une surveillance efficace du voisinage ou de la communauté.
* L'échec scolaire, qui peut lui-même découler de la crise familiale. Ainsi, aujourd'hui, la violence telle qu'elle surgit dans les établissements scolaires trahirait un rejet de l'institution, surtout par les élèves en situation d'échec scolaire, qui lui reprochent les humiliations subies. Les difficultés scolaires et dans l'insertion professionnelle sont mal ressenties par les jeunes, qui aspirait à un meilleur statut que ses parents et peut trop rarement concrétiser cet espoir; ceux qui réussissent quittent le quartier.
* Le chômage, qui se nourrit lui-même de l'échec scolaire. S'il peut engendrer la violence, celle-ci le favorise en retour, en créant des discriminations territoriales à l'embauche, ou tout simplement en détruisant les biens qui servent à créer de la valeur, et donc des emplois. Le chômage en tant que source de la violence est cependant contestable, notamment parce qu'elle se fonde souvent sur la discrimination peut-être trop rapide de la paresse.
* Le développement en conséquence d'une économie à part, comprenant notamment le trafic de drogues et le commerce de divers matériels volés. La concurrence entre bandes a favorisé un accroissement de la circulation d'armes.
* L'absence de mobilité géographique des plus démunis. La médiocrité des logements dans lesquels ils sont donc condamnés à vivre (éventuellement avec une famille nombreuse) pousse finalement les jeunes à tenter de s'approprier l'espace public le plus proche, à chercher à contrôler les grands espaces communs comme les lieux de passage stratégiques (comme les cages d'escalier ou les halls d'entrée). Une fois ces territoires acquis, ils opèrent à un véritable marquage, par exemple au moyen de tags, mais aussi d'un contrôle plus strict, par le biais de prélèvements illicites de biens publics ou privés, qu'ils appellent eux-mêmes « taxer ».
* Des pratiques dites déviantes telle que la toxicomanie, pratique qui nécessite la mise en place de trafics dont la protection exige souvent le recours à la violence.
* La consommation éventuelle de violence télévisuelle et de jeux vidéo violents.
* L'absence d'influence politique, qui contraignent au recours à la violence ceux qui veulent se faire entendre. La violence et la force ne sont alors qu'un répertoire d'action comme un autre mais qui présente l'avantage d'être mobilisable à tout instant.
* Les conflits religieux, les replis communautaires et la montée possible de l'antisémitisme dans des cités qui seraient en cours d'islamisation, en tout cas en France.
* La discrimination raciale et les rivalités ethniques.
Au final, en France, selon certains auteurs : « les valeurs des jeunes qui vivent dans les quartiers d'exil participent à un mélange qu'on a parfois du mal à saisir : mélange d'individualisme et de comportements animal et clanistes fondés sur la défense du territoire et l'honneur du groupe. Ce mélange tourne le dos à la fois à la culture modeste, patiente, souvent résignée, des immigrants, notamment maghrébins, portées par une fraction de la jeunesse issue des classes moyennes ». En fait, selon d'autres auteurs, ils disposeraient bien d'une culture spécifique qui a émergé récemment, la culture hip-hop, qui dispose de ses propres codes.